En matière de lutte contre les moustiques, les chercheurs rivalisent d’idées. Les traitements antimoustiques classiques sont en phase d’être dépassés par le développement de résistances à leurs principes actifs (tiens tiens, une analogie avec la résistance de plus en plus de pathogènes aux antibiotiques ? Le vivant s’adapte à tout… ou presque!). Par ailleurs, les moustiques sont vecteurs de maladies qui en profitent pour voyager et faire leur place sous différentes latitudes.
Alors, comment faire ?

Une solution ?

Une équipe américaine a peut-être trouvé la solution : la régulation des naissances ! Aucune chinoiserie ou idée politique; il ne s’agit pas d’exterminer la population de cet insecte qui se trouve tout de même à la base de la chaine alimentaire. Les résultats d’un quelconque déséquilibre sont bien trop souvent imprévisibles et importants. L’idée serait plutôt de développer une solution qui permette, dans les zones à risque uniquement, de supprimer les pontes d’œufs de moustiques (et oui, le moustique pond des œufs !).

Bien entendu, on ne peut pas juste décider que le moustique ne pondra pas à tel ou tel endroit. En effet, parfois, quelques gouttes infimes d’eaux suffisent à ce Culicidé (du latin Culex qui veut dire « aiguillon » qui fait référence sans conteste à l’appareil piqueur-suceur de ces insectes) pour pondre.
Mais en même temps, la solution développée ne doit interagir qu’avec les moustiques cibles. Il serait bien trop dangereux de perturber tous les animaux sans distinction.
Il s’agit donc d’intervenir sur les protéines directement impliquées dans la reproduction des moustiques.

Contraception des moustiques ?

Certains ont peut être vu les titres accrocheurs dans les journaux en début de mois « Des chercheurs ont inventé la contraception des moustiques ». Terme un poil présomptueux pour décrire l’idée sous-jacente. En effet, la contraception est un moyen volontaire d’éviter la procréation. Je ne suis pas sûre que le moustique soit vraiment d’accord sur la question !
Et étant donné que la technique envisagée n’est pas passagère (jusqu’à preuve du contraire), j’utiliserai plutôt le terme de « stérilisation » des moustiques femelles !

Petites explications sur l’étude

Des chercheurs de l’université d’Arizona ont d’abord utilisé le séquençage de l’ADN des moustiques visés (Aedes aegypti moustique porteur de la fièvre jaune entres autres) pour déterminer des séquences d’ADN qui leur sont propres et impliquées dans la reproduction. Cela permet d’éviter que d’autres insectes soient touchés par la suite.
Lors de l’examen de ces séquences, ils ont découvert une protéine appelée EOF-1 pour eggshell organizing factor 1 (littéralement “le facteur d’organisation 1 de la coquille d’œuf”).
Ils ont alors construit une molécule capable de faire taire ce gène : l’ARN interférant (ARNi) spécifique de cette protéine afin d’en bloquer la synthèse.
Normalement, l’utilisation de ces petits ARN est totalement transitoire (durée de temps limitée et transport au bon endroit où se situe sa séquence clé). Mais allez savoir pourquoi, les femelles ayant été mises en contact avec cet ARNi sont devenues… totalement stériles. Elles pondaient des oeufs, oui certes, mais 100% non viables. Une explication serait que le « stock » de protéine EOF-1 en question serait synthétisé lors de l’initiation de la phase reproductrice uniquement (des expériences complémentaires sont en cours).
Ce qui est sûr c’est que l’inhibition de l’expression de la protéine EOF-1 par l’ARNi spécifique entraine la ponte d’œufs défectueux où le développement embryonnaire de petits moustiques ne peut avoir lieu…

Relativisons

Bien que cette piste semble totalement révolutionnaire dans le traitement du problème, elle doit cependant faire face à quelques écueils techniques.
La technique de l’ARNi ou technique de « faire taire un gène » a valu le Nobel de médecine à ses créateurs, mais elle n’en reste pas moins une technique compliquée à utiliser à une échelle ne serait-ce qu’à taille humaine. En effet, les ARN sont des molécules plus petites et encore plus fragiles que l’ADN. Ces fragments ARNi sont un million de fois plus fragiles que ceux d’ADN… en quelques minutes dans la nature il serait brisé… Leur utilisation semble donc extrêmement compliquée.

Pas impossible, mais pas immédiat

Mais le prix Nobel dédié aux ARNi a permis de mettre en lumière un processus, certes complexe, mais très prometteur. De nombreux industriels se sont donc lancés dans les recherches associées afin de mettre au point des techniques d’utilisation. Pas encore au point aujourd’hui, mais demain peut-être.
Par ailleurs, dans la fin de leur article les chercheurs envisagent, pourquoi pas, un recours au fameux « ciseau moléculaire » CRISPR afin de contourner l’utilisation des ARNi.
Cette technique permettrait en outre de casser le cercle continu de transmission des maladies homme-moustique-homme… les femelles malades ou saines ne pouvant plus pondre dans les zones à risques.

Vous l’aurez compris, la stérilisation/contraception des moustiques n’est pas encore pour demain, mais on y travaille !

Pour aller plus loin :

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