Les pin’s, pour ceux qui ne connaîtraient pas, sont de petits objets en métal munis d’une attache dorée (le papillon). Ils sont apparus dans les années 70. En 1987, en France, ils deviennent de véritables objets publicitaires que tout le monde s’arrache. Arborés fièrement sur la poitrine (ou les casquettes), ils symbolisaient l’appartenance à un groupe. Des collectionneurs aguerris se disputeront, durant quelques années, leur rareté pour certains.
Pas question ici d’épinglage physique ou de publicité. Ces macarons numériques se mutent en preuves de compétences obtenues dans un cadre non formel. Bienvenue dans le monde des Open Badges.

Open Badges comme outil universel : un standard technique ouvert

L’idée est que toute organisation peut créer, émettre, utiliser et vérifier des Open Badges (ou badges numériques ouverts). La solution est développée par un consortium international rassemblant 160 organisations : IMS Global. Ce qui garantit la pérennité et l’interopérabilité du système (à savoir le transfert sur de multiples plateformes).

Les Open Badges ont été créés par les Fondations Mozilla et MacArthur, en 2012, en réponse à une réflexion sur comment reconnaître les apprentissages informels. En effet, le constat était que nous savions reconnaître les apprentissages formels par les diplômes, les certificats émis, mais que les apprentissages dans la vie de tous les jours (qu’ils soient professionnels ou associatifs), eux, n’étaient pas reconnus. Ils ont donc conçu un standard de badge qui certifie leur appartenance à l’apprenant, leur inviolabilité, leur interopérabilité et leur pérennité.

Les Open Badges ont 3 usages principaux :
1) Motiver l’apprenant dans son parcours en ajoutant de la valeur aux activités d’apprentissage
2) Reconnaître les accomplissements et les expériences
3) Certifier l’acquisition de connaissances, le développement de compétences et d’habiletés.

Open Badges : une image & des métadonnées

L’Open Badge est une icône numérique (une image) qui contient en plus les données suivantes :
* qui l’a émis
* à qui il appartient
* les critères d’attribution
* les preuves de son obtention
Pour faire simple, le badge certifie l’acquisition d’une compétence/aptitude/connaissance en en fournissant la preuve. Il montre comment vous l’avez acquis, éventuellement une durée de validité, et qui a validé cet aspect.
Toute tentative de modification d’un Open Badge, le rend automatiquement invalide.
En revanche, la forme, la couleur, l’apparence sont à la discrétion du créateur.

Open Badges : collector

À la façon des célèbres collectors Panini, vous pouvez stocker vos badges sur différentes plateformes (comme des e-portfolio ou Moodle, ou le Mozilla Backpack…). Vous pouvez alors décider de les partager sur votre CV, les réseaux sociaux, etc.
Et chose intéressante, l’identité du récepteur est cryptée dans le badge. Il est donc tout à fait possible de les utiliser pour créer un CV 100 % vérifiable, mais totalement anonyme !

Ok, donc, si je résume, je peux obtenir des Open Badges dans le cadre de certaines activités qui vont certifier une compétence nominativement de façon inviolable. Badges que je peux stocker dans un album virtuel pour ensuite les utiliser comme outil de valorisation. Mais qu’en disent les politiques ? Est-ce une pratique reconnue ? Et où ?

Déclaration de Bologne pour une reconnaissance ouverte (2016)

En 2016, plusieurs acteurs de l’éducation (notamment européens) s’engagent à approfondir et améliorer la convergence de leurs systèmes d’enseignement supérieur par le biais d’Open Badges.
« Open Badges, le standard ouvert pour la reconnaissance des apprentissages, a prouvé la puissance d’une technologie simple, abordable, résiliente et digne de confiance pour créer un écosystème de reconnaissance ouvert fonctionnant à travers les pays, les secteurs éducatifs, l’emploi, les environnements sociaux et les technologies. Les badges numériques ouverts ont démontré que nous avons les moyens et la possibilité de mettre fin aux disparités du paysage de la reconnaissance. En reliant et en nourrissant les référentiels de compétences, ils deviennent les éléments constitutifs d’une architecture ouverte pour la reconnaissance des apprentissages tout au long de la vie. Ils créent les conditions pour que les individus aient le contrôle de leur propre reconnaissance, pour fonder leur identité et leur capacité d’agir en toute autonomie, que ce soit formellement (au sein des institutions) ou informellement (à travers les communautés). »
3 objectifs sont visés à court terme :
1) une reconnaissance ouverte pour tous
2) le développement de technologies et d’infrastructure pour la reconnaissance ouverte
3) la mise en œuvre de politiques ouvertes de reconnaissance.

Cette technologie fait donc son chemin et convainc de plus en plus de monde.
Aujourd’hui, 48 États ont signé cette « Déclaration de Bologne ».

Open Badges & CSTI (Culture Scientifique, Technique et Industrielle)

Le Dôme, CSTI de la Basse-Normandie s’est lancée dans l’aventure depuis 2017. L’idée étant à la fois d’enrichir, de structurer et d’évaluer leurs activités.
Ce centre est avant tout un espace collaboratif qui vise à mélanger grand public, projets de recherches participatives et innovation ouverte. Beaucoup d’ateliers sont ainsi proposés. Les visiteurs peuvent apprendre un certain nombre de compétences collectives, et même devenir créateurs ou diffuseurs à leur tour.
Ils ont ainsi défini les catégories de badges de compétences Savoir, Savoir-faire et Savoir-être qui possèdent chacune 5 niveaux d’évolution : « j’ai découvert / j’ai vu », « j’ai fait / j’ai testé », « je peux faire / mettre en œuvre », « je peux entretenir / enrichir » et « je peux transmettre ».
Ils utilisent aussi des badges de catégories « Expérience » pour les évènements, projets spécifiques qu’ils organisent.

Le public, motivé dans sa quête de Badge, devient plus facilement mobilisable et plus récurrent. Il a la sensation en outre d’appartenir à une communauté. Son implication devient identifiable et valorisante dans sa vie professionnelle.

Open Badges & Gamification

On voit apparaître assez rapidement le potentiel d’outil motivationnel ou de récompense de ce processus comme dans de nombreux jeux. Le joueur ou le collectionneur est poussé toujours plus loin pour compléter son palmarès.
Plus sérieusement, la Khan-academy (site de cours en ligne pour apprendre autrement) utilise déjà un système de badges et de points collectés pour gamifier le parcours de l’apprenant tout au long des séquences.
Pourquoi pas ne pas imaginer des « parcours gamifiés et open badgé » dans les musées ou les espaces culturels pour rendre la visite (et la revisite) de chaque individu plus ludique ?

Open Badges : avenir de certification ?

L’Open Badge fait son chemin. Petit à petit, écoles, collèges, lycées, entreprises, universités, associations, centres de CSTI… tous semblent s’en emparer. Reste encore à développer une cohérence des compétences afin d’établir une cartographie générale qui permettra aux badges de se recouper, et d’être valables dans tous les domaines !

À quand des Open Badges spécialement pour les personnels de recherche qui s’investissent en culture scientifique ? Une jolie forme qui permettrait de mettre en avant, au sein de leurs instituts et entre pairs, les compétences transverses acquises.
Vous l’aurez compris, on n’a pas fini d’entendre parler des Open Badges !


Pour aller plus loin :

* Dossier Badges ouverts par le CSTI le Dôme en Normandie
* Déclaration de Bologne pour une Reconnaissance Ouverte
* Les Open Badges sont-ils solubles dans le système éducatif français – et réciproquement ? Serge Ravet
* Hub d’information et de veille Badge numérique / Motiver Reconnaître Certifier

 

 

 

 

 

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